Aujourd’hui, nous célébrons la journée internationale des infirmières. En première ligne durant la pandémie, nous sommes allés rencontrer 5 soignants dans nos cliniques lausannoises afin de discuter avec eux de ce que la crise avait modifié dans leur travail au jour le jour.

Chiara et Ida travaillent toutes deux au centre de chirurgie orthopédique de Hirslanden Clinique Bois-Cerf comme infirmières, sous la coordination bienveillante de Sophie, Infirmière Cheffe d’Unité de Soin.

Alain officie quant à lui comme infirmier au centre cardiovasculaire de Hirslanden Clinique Cecil, et Brigitte comme infirmière dans le département de consultation pré-anesthésique .

Comment la crise vous a-t-elle impacté(e) ?

Chiara : Au niveau émotionnel, ça a été difficile. Nous avons travaillé avec les patients Covid dès mars de l’année passée. C’était bien de pouvoir aider les patients comme cela, mais c’était pesant émotionnellement. Ils étaient seuls, leurs familles ne pouvaient pas venir les voir et Ida et moi, qui avons notre famille loin de nous, pouvions comprendre leur détresse. Maintenant, les choses recommencent à revenir à la normale, en tout cas dans notre département. Nous avons eu des patients venant du CHUV pendant la période Covid, mais maintenant nous avons pu recommencer avec les chirurgies orthopédiques, comme tout avait été arrêté en mars pendant presque deux mois.

Sophie : Ce qui a été dur, c’est qu'il n'y a pas vraiment eu de moments de pause entre la première et la deuxième vague. On n’a pas eu de temps pour se ressourcer et recharger les batteries, le stress ne s’est pas relâché. Avant le Covid, les jeunes soignants profitaient de la vie à l’extérieur, ils sortaient, ils faisaient la fête. Après leurs congés ou leurs week-ends, ils revenaient lumineux, souriants ! Mais ils n’ont plus cette possibilité de se ressourcer. Par exemple, Chiara et Ida viennent toutes deux d’Italie, et n’ont pas pu revoir leurs familles depuis plus d’un an ! C’est terrible.

Ida : Personnellement je suis arrivée le 5 mai, donc je n’ai pas traversé la première vague du Covid au sein de la clinique Bois-Cerf. Quand j’ai rejoint l’équipe, j’ai travaillé une semaine dans l’unité Covid, après quoi il y a eu la réouverture de la chirurgie orthopédique. Je connaissais bien l’équipe d’avant cette période, et quand je suis arrivée en mai, j’ai trouvé une équipe différente. Plus soudée, mais aussi peut-être un peu fatiguée ! C’est un état de fatigue plus général, comme on n’a jamais vraiment la possibilité de décrocher du travail. Oui, c’est une charge de travail différente, mais les motivations pour lesquelles nous le faisons restent les mêmes ! 

Alain : Le département de cardiologie n’a pas vraiment été touché avec le Covid, peut-être par une légère baisse d’activité, mais qui est restée importante même pendant le confinement. Mon impression, c’est que les patients avaient peur de venir – mais c’est une impression très personnelle. Nous avons eu un regain d’activité après la deuxième vague et, ce qui était assez flagrant, c'était que la situation des patients était plus aiguë, comme s’ils avaient attendu avant de venir jusqu'à n'en plus pouvoir. Donc pour moi, il y eu peu de changements au niveau du boulot. Si ce n’est qu’avec le confinement de la première vague, en tant que personne à risque, j’ai été obligé de rester à la maison, ce que je n’ai pas très bien vécu ! (sourire)

Brigitte : Le fonctionnement du département de consultation pré-anesthesique nous a permis d’être finalement peu impactés par le Covid. Nous appelons les patients avant leurs interventions plutôt que de les faire venir sur place. Nous récoltons les rapports et laboratoires nécéssaires avant que l'anesthésiste les appelle la veille de leur intervention. Quand la première vague a démarré, il y a eu une quinzaine de jours durant lesquels les interventions étaient stoppées, et donc bien sûr il y avait moins de travail pour nous. Mais c’est remonté très vite, puisque les gros cas Covid allaient sur le CHUV, et des chirurgiens venant d’autres hôpitaux venaient à la Clinique Cecil pour pratiquer certaines de leurs interventions. Nous n’avons pas du tout manqué de travail !    

Avez-vous retenu des choses positives de cette crise ?

Chiara : Ah oui ! Tout à fait ! Déjà, on est extrêmement bien dans notre équipe, autant au niveau des chefs que des collègues, et ça a énormément aidé durant cette période. Et puis il y a aussi eu la possibilité d’être à côté du patient, j’ai trouvé cela très formateur. 

Ida : L’équipe du 5e est géniale ! On est bien, on rigole. On trouve des moments pour plaisanter entre nous. Même si c’est plus dur maintenant, la cohésion d’équipe s’est renforcée. Ce genre d’épreuve rapproche les gens, et ça s’est vraiment senti. J’ai trouvé aussi cela super de pouvoir apprendre des gestes techniques de soins différents de la chirurgie orthopédique. Rentrer dans les soins un peu plus aigus, soigner des choses différentes.

Sophie : Oui, on a une équipe super ! Comme le dit Ida, c’était un service de soins orthopédiques et, du jour au lendemain, c’est devenu une unité de soins Covid. Et on est redevenu orthopédie (rire). Le gros point positif de cette expérience, c’est qu’on est devenu une famille. On est tout le temps ensemble, je vois plus mon équipe que mes enfants (rire de Chiara et Ida) ! On a de la chance, on peut encore manger ensemble à midi, partager notre tristesse, nos énervements, mais aussi nos moments de joie ! Ce qu’il faut maintenant, c’est retrouver de l’insouciance et de la naïveté. 

Alain : Sur le plan personnel, avec ma famille qui est éloignée, ça nous a permis de mettre en place de nouvelles habitudes, avec les appels en visio une fois par semaine. Une manière de garder le contact malgré la distance !

Brigitte : Oui ! Comme souvent notre service est le premier contact du patient avec la Clinique, nous avons aussi joué un rôle important afin de les rassurer. On a trouvé les gens plus anxieux durant cette période de Covid. Seule, la visite en clinique pour une opération est anxiogène, mais la peur d’attraper le Covid en plus amplifie encore le stress. Et on a remarqué qu’il y avait plus de demandes au téléphone, un besoin d’écoute plus grand. Il nous a fallu prendre plus de temps avec les patients pour les rassurer. Et si un patient est rassuré, l’intervention se passera mieux — même si bien sûr ça ne fait pas tout. Les patients se sentent suivis, encadrés, et nous sommes là s’ils ont la moindre question.

La journée internationale de l’infirmière est célébrée dans le monde entier le 12 mai, date de la naissance de Florence Nightingale, pionnière des soins infirmiers modernes et de l’utilisation des statistiques dans ce domaine. Le CII (Conseil international des infirmières) établit un thème prioritaire chaque année. La campagne internationale actuelle, intitulée « La profession infirmière, une voix faite pour diriger – la santé est un droit humain », vise à encourager les soignants à devenir plus actifs et plus forts en politique (voir www.icnvoicetolead.com où une documentation sur la JII est à votre disposition).

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Propos recueillis par Maëlle Desard